La dernière grève

Éditorial

La « dernière grève » que les journaux nous ont annoncée ces derniers mois m'a paru aussi paradoxale que dommageable en ce début de période estivale: celles des « intermittents du spectacle », que nous pourrions aussi appeler la « grève des rêveurs » ou tout du moins des fabricants de rêves. Certes, j'imagine bien que les artistes doivent, bien sûr, aussi, veiller à conserver un moyen de vivre dignement, mais s'il y a bien un « acquis social » qu'il nous faudrait tous défendre jusqu'au bout, c'est de conserver le « droit de rêve » plus encore que le « droit de grève ». Non seulement nous devons conserver le droit de rêver, mais il est urgent même de nous rendre compte que c'est un devoir salutaire. L'année fut pluvieuse et morose, rythmée par ce match de tennis interminable entre réformes fiscales et grèves sociales, ponctué d'annonces de fermetures d'entreprises.

En ces deux mois d'été, donc, tous à nos rêves! Nous en avons tous, bien rangés dans nos tiroirs de cette année de labeur, c'est le moment de les sortir. Voici venir le temps de rêver, finie l'inquiétude de l'efficacité et de la rentabilité, pas besoin de consommer, place à la gratuité et à la beauté. Pour les grandes personnes: n'ayons pas peur d'aller jouer avec nos enfants ou petits-enfants, de les écouter nous montrer comment on rêve, comment on imagine un monde nouveau chaque jour. Laissons-nous prendre au jeu, osons perdre un peu de temps. Pour les plus jeunes: redécouvrons la vertu du bâton de bois ! Au diable les PlayStation, Wii et autres jeux électroniques, c'est le moment de redécouvrir tout ce qu'on peut faire avec si peu de chose: une épée, un porte-étendard, une haie de saut d'obstacle, le début d'un château fort, une baguette magique ou de chef d'orchestre, un arc ou des flèches. Place à l'imagination et à la création! Si nous ne savons plus faire: demandons à nos parents, ils sauront vite nous réapprendre.

Don Camille, curé

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