Le monde attend le passage des saints

Éditorial

Ce petit refrain, que l'on chante parfois dans la prière d'adoration, nous rappelle que ceux qui ont changé la face du monde sont ceux qui ont réussi à se changer d'abord eux-mêmes, ou plutôt qui ont laissé Dieu transformer leur vie, et ils ont ainsi contribué à transformer le monde.

« Notre Église est l'Église des Saints », disait Georges Bernanos. La vocation profonde et ultime de l'Église est de permettre à chaque homme de devenir un saint. Au-delà de l'institution parfois décriée, souvent incomprise, rappelons-nous l'objectif qu'elle poursuit: conduire les hommes à leur plein épanouissement, pour la gloire de Dieu et le bien de tous leurs frères.

Le « saint », le « bienheureux », est l'ami de Dieu et l'ami des hommes. Chercher Dieu et servir les autres rendent l'homme heureux. Ce sont les deux dimensions de la vie chrétienne: l'une, verticale, nous oriente vers le Ciel, l'autre, horizontale, nous conduit à nos frères. Chercher Dieu et servir nos frères n'est pas incompatible, au contraire. Plus je m'approche de Dieu, plus mon cœur se dilate pour m'ouvrir aux autres. L'Église nous rassemble dans cette destinée commune, elle nous rend membres d'un même corps, liés les uns aux autres dans cette double vocation de chercheurs et de serviteurs.

Chers amis lecteurs du Pèlerins Ensemble, que vous soyez croyant et pratiquant assidu, ou recommençant et tâtonnant la foi, permettez-moi de vous redire en ce temps de la Toussaint: « N'ayez pas peur! » Comme l'a dit Jean-Paul II le jour de son élection, ou les anges quand ils s'adressèrent aux bergers à Noël puis aux témoins de la Résurrection, je vous lance à mon tour cet appel, au nom du Christ. N'ayons pas peur: ni de Dieu, ni des autres, ni de vous-même, ni de l'avenir, ni de votre passé, ni même de la mort puisque le Christ l'a vaincue. Osons croire en nos désirs de bonheur les plus profonds. Le Christ est vivant, au milieu de nous. Il est sorti victorieux du tombeau et il nous fait ressusciter chaque jour avec lui pour regarder vers le Ciel et vers nos frères. Bien sûr, tant de choses nous effrayent, des épreuves nous attendent. Mais s'Il est mort pour nous, que pouvons-nous craindre?

Le monde attend le passage des saints, le monde attend notre passage. Ce que nous ne donnons pas restera perdu. Dieu ne nous demande pas de « sauver le monde » par nos propres forces, mais de nous reconnaître ses enfants bien aimés, et d'apporter simplement aux autres ce que nous sommes. Si nous attendons d'être « parfaits », nous risquons d'attendre longtemps. Osons donner ce que nous sommes dès aujourd'hui.

Don Camille, curé

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