« Je vous demande d'être révolutionnaires »

Éditorial

Louis et Zélie Martin, déclarés saints le 18 octobre dernier, furent de simples époux mais de grands croyants. « Une âme qui s'élève élève le monde » (Paul Claudel). Par la cohérence radicale de leurs vies personnelles, ils ont su rendre extraordinaire leur ordinaire conjugal et familial. Ils ont ainsi tellement rayonné sur leurs enfants, que la plus jeune, Thérèse de Lisieux, après un parcours fulgurant, est devenue « la plus grande sainte des temps modernes ».

Le saint est un révolutionnaire de l'intérieur qui irradie à l'extérieur. « Tu étais plus intérieur à moi-même que je moi-même », a déclaré Saint Augustin dans ses Confessions. La découverte de Dieu a bouleversé sa vie et celle de milliers d'hommes à sa suite.

Le 8 décembre, le pape François a choisi d'ouvrir une « année sainte de la Miséricorde »: période privilégiée, dans la grande tradition biblique, pour opérer une révolution intérieure et extérieure de nos comportements en quittant la périphérie de nos existences pour retourner à Dieu, aux autres et à nous-même.

Aux JMJ de Rio, notre pape argentin exhortait déjà les jeunes en ces termes:

« Dieu appelle à des choix définitifs; Il a un projet sur chacun: le découvrir, répondre à sa propre vocation est une marche vers la réalisation heureuse de soi-même. Dieu nous appelle tous à la sainteté, à vivre Sa vie, mais Il a un chemin pour chacun. Certains sont appelés à se sanctifier en constituant une famille par le Sacrement du mariage. Il y a ceux qui disent qu'aujourd'hui le mariage est « démodé »; dans la culture du provisoire, du relatif, beaucoup prônent que l'important c'est de « jouir » du moment, qu'il ne vaut pas la peine de s'engager pour toute la vie, de faire des choix définitifs, « pour toujours », car on ne sait pas ce que nous réserve demain. Moi, au contraire, je vous demande d'être révolutionnaires, d'aller à contre-courant; oui, en cela, je vous demande de vous révolter contre cette culture du provisoire, qui, au fond, croit que vous n'êtes pas en mesure d'assumer vos responsabilités, que vous n'êtes pas capables d'aimer vraiment. Moi, j'ai confiance en vous, jeunes, et je prie pour vous. Ayez le courage d'« aller à contre-courant ». Ayez le courage d'être heureux! »

Avant lui, un autre pape révolutionnaire polonais, Saint Jean-Paul II, (pape de 1978 à 2005) avait déjà imprimé une profonde dynamique de libération spirituelle à la jeunesse. Sur ses traces, plus d'un million de jeunes catholiques du monde entier (et même d'Évron) se réuniront en juillet 2016 lors des JMJ à Cracovie. Un pèlerinage paroissial à Rome, en avril 2016, emmènera aussi des pèlerins d'Évron sur le tombeau des apôtres pour rencontrer le pape François et renouveler leur foi en Jésus-Christ. Ce dernier n'opéra-t-il pas, par sa résurrection, la plus achevée et définitive des révolutions, en ressortant vivant de la mort?

Le monde attend le passage des saints. En serons-nous? Dieu se tarde de faire miséricorde au monde. Le voulons-nous?

Don Camille, curé

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