Le passage vers la vraie vie

Éditorial

Toutes nos familles vivent, à un moment ou à un autre, à échéance plus ou moins rapprochée, un deuil ou la maladie d'un proche. Ces ruptures, ces séparations, ces épreuves nous affectent souvent profondément, mais elles nous font souvent grandir aussi, en nous obligeant à puiser en nous une plus grande énergie d'amour, d'attention de patience et de foi, en nous faisant percevoir avec plus d'acuité la beauté et la fragilité de la vie humaine.

Jésus a voulu, lui aussi, passer par l'épreuve de la souffrance – physique et morale – et de la mort afin de nous signifier sa totale solidarité avec la condition humaine. Il a accepté que cela puisse faire souffrir aussi sa mère (Saint Joseph n'était déjà plus de ce monde). L'infinie pureté et perfection des cœurs de Jésus et Marie n'ont pas atténué le degré de leur souffrance lors de la Passion et la mort de Jésus. Au contraire, le Christ est – de toute l'histoire humaine – l'être qui eu la plus haute conscience du bien et donc aussi du mal, par exemple celui qui animait le cœur des bourreaux qui l'ont condamné, flagellé, crucifié... Dans sa conscience divine il percevait, en outre, d'un seul regard, tout le péché du monde. Marie elle aussi, la « mère des douleurs » (mater dolorosa), savait à un degré éminent l'ampleur du mal qui s'abattait sur son fils, puisqu'elle seule savait qui Il était: la Vérité et la Bonté même, le Fils de Dieu venu sur Terre par amour sauver les hommes. Le Christ n'a donc pas moins souffert parce qu'Il était le Fils de Dieu, mais au contraire Sa souffrance et celle de Marie furent proportionnellement infiniment plus grandes que la nôtre, car leur conscience du bien et du mal était infiniment plus vive.

La grande fête de Pâques, commune au Judaïsme et au Christianisme, est la commémoration d'un passage: le passage de la mer Rouge en sortant d'Égypte pour les Hébreux, le passage du Christ de la mort à la vie en sortant du tombeau pour les Chrétiens. Nous célébrons d'ailleurs cette fête au moment où l'hiver laisse place au printemps et à la renaissance de la nature restée en sommeil pendant la nuit de l'hiver. Notre vie est toute entière une succession de passages, nous préparant au grand passage qu'est l'entrée dans la vie éternelle, c'est-à-dire la vie en plénitude dont celle d'ici bas n'est qu'une préparation, une ébauche. Mais c'est dès maintenant que la vie naturelle et la vie spirituelle s'offrent à nous. Jésus est le passage et le passeur, le chemin et le but. Ne passons pas à côté de cet enjeu: embrassons la vie véritable, acceptons de mourir avec le Christ à notre vie passée pour renaître avec lui à une vie nouvelle, plus belle, plus authentique, plus donnée. « Il n'y a pas de plus grand amour que donner sa vie pour ses frères. »

Don Camille, curé

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