Ai-je trouvé la « vraie vie »?

Éditorial

La maladie physique touche beaucoup de nos familles dans l'un ou l'autre de ses membres, parfois dès la jeunesse. Quant aux souffrances morales, elles sont nombreuses, elles aussi: échecs scolaires, professionnels ou conjugaux, incompréhensions avec notre entourage, souffrances psychiques de toutes sortes... Qui pourrait prétendre finalement qu'il a une vie sans souffrance, sans épreuve? Notre société, elle aussi, semble bien malade. Le « tout économique », et la culture du bien être marquent le pas. Notre pays et notre continent européen ne se portent pas bien, et le monde non plus. Nos destinées personnelles et collectives sont liées les unes aux autres. Nul n'est une île, et ce que nous vivons, dans le bien comme dans le mal, a des répercussions autour de nous, et nous-mêmes ressentons et supportons le poids de ce qui se vit autour de nous.

Une fille d'agriculteurs de la Drôme, Marthe Robin (1902 - 1981) est en voie d'être reconnue bienheureuse par l'Église. Frappée par la maladie dès sa jeunesse, elle a découvert comment le Seigneur l'appelait à offrir sa vie, à la suite du Christ, pour le salut du monde. Un jour, sa vie a basculé, elle a pris un sens nouveau. Certes, elle n'a certainement pas « réussi sa vie » du point du vue de la prospérité physique et matérielle. Mais, celle qui n'a pas quitté la ferme de son village pendant plus de cinquante ans a eu un rayonnement immense. Paralysée à seize ans, elle trouvera une voie, dans l'union intime avec Dieu et l'attention à chaque personne, pour rayonner d'une joie mystérieuse qui illuminera la vie de milliers de personnes. À la suite d'une rencontre avec un prêtre du diocèse de Lyon, sera fondé le premier « Foyer de Charité » demandé par Marthe après une révélation reçue de Dieu. Aujourd'hui présentes dans plus de quarante pays, ces communautés proposent de faire l'expérience d'une retraite spirituelle et d'une renaissance intérieure.

À l'exemple de Marthe, nous pourrions découvrir que, vécues en Dieu, offertes dans l'amour, les épreuves ne sont pas un obstacle à la fécondité ni même à la joie. La souffrance n'est pas forcément une impasse, elle peut déboucher sur une vie plus profonde. Marthe a su puiser dans la prière et la confiance en Dieu la force nécessaire pour accueillir ses épreuves physiques et morales en orientant sa vie vers un amour plus grand. À l'heure où le salut politique et économique de nos sociétés semble compromis, et que de nombreuses personnes sont en souffrances, ce chemin de l'offrande confiante de nos vies à l'amour de Dieu s'ouvre devant nous comme une autre voie de fécondité. La souffrance et le sens du mal restent un mystère, même pour les croyants. Mais, comme Marie au pied de la Croix ou à l'exemple de Marthe Robin, le Seigneur ne nous demande pas d'abord de comprendre mais d'aimer. Entrons dans la voie de la confiance et de l'amour. Osons offrir nos vies pour le salut du Monde et de notre pays.

Don Camille, curé

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