Oser la liberté, ou l'art de bien choisir

Éditorial

Le Créateur, dans l'immense ordonnancement du Cosmos, de l'infiniment grand à l'infiniment petit, a assigné à chaque chose sa fonction selon les lois de la nature qu'il a lui-même établies. La Lune tourne autour de la Terre qui tourne autour du Soleil: leurs valses concomitantes participent au grand ballet des étoiles et des planètes. Le cycle de l'eau, la photosynthèse, la loi de la gravité, et tant d'autres règles, régissent le fonctionnement de l'univers selon les rythmes, équilibres, et saisons dont la symphonie a permis l'avènement de la vie sur la Terre. Les animaux, eux-mêmes, nos plus proches parents dans cet univers cosmique, partagent avec les hommes la dimension corporelle et émotionnelle, mais ils règlent invariablement leur comportement sur cette loi invisible inscrite en eux que l'on nomme l'instinct, duquel ils ne peuvent s'affranchir.

L'invisible architecte, le tout-puissant horloger, a voulu, en outre, que cette savante mécanique dont l'intelligence des physiciens, chimistes et autres astronomes n'aura jamais fini de percer les secrets, soit aussi une poésie merveilleuse qui puisse toucher le cœur de chaque artiste qui sommeille en nous: par le lever du soleil, le chant d'une alouette ou la grâce d'un arc-en-ciel. La Création savamment ordonnée est donc aussi inépuisable source inspiratrice de tout espèce d'art, dans laquelle musiciens, sculpteurs, peintres, et tant d'autres puiseront le génie enchanteur d'une « Sonate au clair de Lune », des chapiteaux romans ou de la peinture impressionniste.

De cet univers ordonné et rempli de poésie, Dieu nous a établis gracieusement gérants par un contrat inscrit formellement dans les toutes premières lignes de la Bible (Genèse, 1-3). Il ne nous envoie pas la facture chaque soir pour la quantité d'oxygène que nous avons respiré, ni pour les denrées que nous avons consommées ou le pétrole que nous avons puisé. Depuis des siècles désormais, cette merveilleuse symphonie cosmique a été confiée par le Créateur à deux de ses créatures qu'Il a voulu différentes et absolument uniques en leur genre... l'homme et la femme: « créés à l'image de Dieu » (Gn 1,26), c'est à dire dotées d'une conscience personnelle qui les rend, au contraire de tous les autres éléments du Cosmos, libres de leurs actes, et capables de choisir, de réfléchir et d'aimer. Un émerveillement encore plus grand ne doit-il pas jaillir de nos cœurs devant un tel prodige? Dieu n'a pas voulu décider à notre place du cours que prendrait la suite de l'histoire. Il a pris le risque d'introduire dans l'univers, en créant l'être humain, ces variables qui allaient tout changer: la liberté, la capacité de créer, d'imaginer, d'entreprendre, d'oser, et surtout d'aimer.

Dans une période où s'opèrent de profonds bouleversements de société, dans un monde tellement uniformisé et pourtant si désordonné, rentabilisé sans plus de gratuité, dans une vie quotidienne sans poésie ni rêve ni aventure, rappelons-nous d'où nous venons et qui nous sommes. De prochaines échéances électorales vont également faire appel à notre conscience et notre liberté de choisir à qui nous voulons confier le devenir de notre société. Nous ne sommes pas comme les astres condamnés à tourner sans fin autour des mêmes clichés, schémas pré-mâchés ou préjugés ressassés, nous sommes des créatures libres, uniques, voulues et aimées par Dieu. Non seulement notre histoire est entre nos mains, mais, en outre, Dieu sera à nos côtés... si nous le voulons.

Don Camille, curé

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