« Supportez-vous les uns les autres avec amour » (Eph 4, 2)

Éditorial

Nous sommes bien obligés de reconnaître que l'injonction la plus célèbre de Jésus, « Aimez-vous les uns les autres » (Jn 15, 12), semble parfois bien difficile à mettre en œuvre. Jésus n'aurait-il dit cette phrase que pour des gens parfaits qui n'auraient donc pas de difficulté pour s'estimer mutuellement? « Supportez-vous les uns les autres... » n'est- il pas plus réaliste? En effet, reconnaissons que, la plupart du temps, de nombreuses attitudes de notre entourage nous insupportent. Sommes-nous condamnés à « faire avec »? Suffit-il d'éviter les personnes qui nous dérangent pour ne fréquenter que celles qui nous semblent agréables à vivre?

Les premiers chrétiens se sont retrouvés devant un formidable défi: témoigner que l'enseignement de Jésus n'était pas, pour eux, des « paroles en l'air ». « C'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres que l'on reconnaîtra que vous êtes mes disciples » (Jn 13, 35). Le dérangement que les autres nous occasionnent doit nous conduire sur le terrain de notre conversion personnelle. Ou, du moins, devons-nous commencer par nous regarder nous-mêmes lucidement, ou tenter de le faire. « Connais-toi toi-même », était-il écrit sur le fronton du temple de Delphes. Ne faisons-nous pas souvent souffrir les autres autant qu'ils nous font souffrir? « Ôte d'abord la poutre qui est dans ton œil, alors tu verras clair pour ôter la paille qui est dans l'œil de ton frère » (Mt 7, 5). Mais avant d'être une question morale, la gestion de nos comportements mutuels relève de la simple psychologie. Dieu nous a faits différents, et notre tempérament, notre psychologie, notre éducation sont profondément enracinés en nous. Sachons reconnaître humblement que nous avons tous besoin de nous apprivoiser mutuellement. Ce qui me fait souffrir chez l'autre peut, bien souvent, s'expliquer. Il « sur-réagit » car une épreuve passée qu'il a souvent oubliée l'a conduit à acquérir ce réflexe.

« Je suis doux et humble de cœur » nous dit Jésus (Mt 11, 29). « L'amour prend patience », écrit Saint Paul (1 Co 13, 4). Cette nouvelle année scolaire et pastorale ne pourrait-elle pas être l'occasion de supporter un peu plus patiemment les défauts des autres, et savoir aussi m'accepter humblement tel que je suis? N'est-ce pas là le début de la sagesse et la voie de l'amour authentique? Celui qui accepte de prendre un peu sur lui une part des misères des autres, Jésus l'appelle même « heureux » (Mt 5, 7) car Dieu lui fera un jour à son tour miséricorde.

Don Camille, curé

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