Au dernier moment...

Lettre d'Argos

Don Camille le disait : « Le changement, c'est maintenant ! ».

« La mort », disait une femme que je connais, « ça me dérange, parce que je n'aime pas le changement ». Voilà: on n'aime pas être dérangé. C'est pourquoi Saint Louis de Gonzague, âgé alors d'une dizaine d'année et en train de jouer à la paume, répondait, comme on lui demandait ce qu'il ferait si on lui annonçait qu'il devrait mourir dans un quart d'heure: « Je continuerais de jouer à la paume ». C'était un Saint. Il avait raison. L'idée de la mort assombrit les meilleurs et nous continuons cependant à jouer de la paume. Si possible, mieux que jamais. Car nous vivons d'habitudes et les perfectionnons chaque jour. Pourtant, nous le savons, nous allons mourir. Tout être vivant meurt. Un arbre vit souvent moins longtemps qu'un homme. Une laitue dure le temps d'être mis en salade. Le cheval meurt à vingt-cinq ans, le chien à douze, l'escargot à quatre, l'éphémère n'a pas le temps de manger; l'éléphant dépasse cent ans. Nous commençons sérieusement à le concurrencer; mais n'ayons aucune illusion, nous allons mourir. Voilà le grand changement qui nous attend. Sommes-nous prêts?

« Insensé, cette nuit on va te redemander ton âme. Pour qui sera ce que tu as amassé? » (Lc 12, 20)

On ne peut trop déplorer l'aveuglement des hommes, de ne vouloir pas penser à la mort, et de se détourner d'une chose inévitable que l'on pourrait rendre heureuse en y pensant. Rien n'est si terrible que la mort pour ceux qui sont attachés à la vie. Tout passe.

« Que faisons nous donc sur cette terre, et à quoi servira la plus douce vie, si par des mesures sages et chrétiennes elle ne nous conduit pas à une plus douce et plus heureuse mort? » (Fénelon)
« Soyez prêts, parce qu'à l'heure que vous n'y pensez pas, le Fils de l'Homme viendra. » (Mt 24, 4)

Cette parole nous est adressée personnellement. Nous faisons tous des projets qui supposent longue vie, lors même qu'elle peut finir. Dans l'extrémité d'une maladie incurable, on espère encore la guérison; quelles espérances n'a-t-on pas en pleine santé ? C'est parce que nous aimons passionnément la vie (et c'est légitime) que nous en demandons tant d'espérances. Mais n'est-ce pas parce que nous n'aimons pas assez le Royaume de Dieu et l'Espérance de son éternité que nous voulons tant éloigner la mort?

« Ô hommes pesants de cœurs, qui ne peuvent s'élever au-dessus de la terre, où, de leur propre aveu, ils sont misérables! La véritable manière de se tenir prêt pour le « dernier moment » c'est de bien employer tous les autres, et d'attendre toujours celui-là. » (Fénelon)

Le changement, c'est maintenant! Maintenant, c'est à tous les instants pour nous préparer par la Conversion à notre dernier instant dans l'Espérance de notre résurrection. Le Christ ne nous a-t-il pas montré le chemin? Ne venons-nous pas de fêter sa Résurrection?

Le croyons-nous VRAIMENT??? Convertissons-nous! Laissons-nous déranger.

Argos

Lettre d'Argos