Au boulot!

Lettre d'Argos

« Dieu créa l'homme à son image,
à l'image de Dieu Il le créa,
homme et femme Il les créa. » (Gn 1, 27)

Et Adam et Ève s'éveillèrent au paradis terrestre, dans l'odeur des lilas et des frangipaniers. Le soleil était tout neuf. L'éléphant se douchait avec sa trompe; dans sa prévoyance infinie, Dieu l'avait fait tout gris afin qu'on ne le confondît pas avec la fraise des bois. Le loup s'amusait avec l'agneau. Le crocodile badinait avec la gazelle. Le persil verdoyait dans le jardin, les épinards étaient superbes et on comptait les salsifis. Malheureusement, ce bonheur fut de courte durée. Patatras! Ève cueillit la pomme défendue. Sa curiosité nous perdit. Et depuis l'homme sue à grosses gouttes. La femme aussi! Leur activité se fit soudainement avec difficulté, fatigue, et même souffrance. La pénibilité était née, et morte l'innocence.

« Ils connurent qu'ils étaient nus; ils cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes. » (Gn 3, 7)
« À la sueur de ton visage tu mangeras ton pain. » (Gn 3, 19)

Que les vacances étaient donc bonnes pour oublier le labeur, couvert d'un pagne réduit au minimum. Qu'il était bon de folâtrer et de se dorer sur la plage au bord des flots. « Je ne peux pas rester sans rien faire. », disait pourtant l'homme; et d'en conclure : « Je vais faire la sieste! », avec une décision empreinte d'une ferme virilité. On y somnole; le soir arrive. On entend soudain une voix de femme: « Allons, lève-toi! C'est l'heure d'aller te coucher. »... Comme le disait Charles Quint: « Il ne s'agit pas de se lever tôt, il s'agit de se lever à l'heure. » Résumons-nous: les vacances sont finies. Fini de transpirer sur le sable chaud; il est temps d'aller se faire suer au boulot! Moi-même, Argos, ai folâtré oubliant l'heure et les contraintes du travail. Ce dernier a été valorisé par un autre bien plus saint que moi et plus pertinent dans ses propos:

« Mais le travail - nous ne le répétons pas assez - n'est pas une malédiction, ni un châtiment du péché originel. La Genèse parle de cette réalité, avant qu'Adam et Ève se soient rebellés contre Dieu:
« Yahvé Dieu prit l'homme et l'établit dans le jardin d'Éden pour le cultiver et le garder. » (Gn 2, 15)
... Dans le plan de Dieu, l'homme était appelé à travailler sans relâche, coopérant ainsi à la tâche immense de la création... Les vertus humaines d'assiduité au travail et de diligence se confondent en une seule: le zèle pour tirer parti des talents que chacun a reçu de Dieu. Ce sont des vertus parce qu'elles induisent à bien terminer les choses. Celui qui est laborieux utilise bien son temps, qui n'est pas seulement de l'or, mais aussi la gloire de Dieu! Il fait ce qu'il doit faire et il est à ce qu'il fait, non pas par routine ni pour occuper les heures, mais en vertu d'une réflexion attentive et pondérée. C'est pour cela qu'il est diligent. L'utilisation normale du mot - diligent - évoque déjà son origine latine. Diligent vient du verbe « diligo », qui signifie aimer, apprécier, choisir à la suite d'une attention méticuleuse et soigneuse. N'est pas diligent celui qui se précipite, mais bien celui qui travaille avec amour, à la perfection... Notre Seigneur, homme parfait, choisit un travail manuel qu'il réalisa avec délicatesse et avec grand amour... remplit sa tâche d'artisan au milieu des autres habitants de son village, et cette occupation humaine et divine nous a prouvé clairement que l'activité ordinaire n'est pas un détail de peu d'importance, mais qu'elle constitue le pivot de notre sanctification, une occasion continuelle de rencontrer Dieu, de Le louer et de Le glorifier avec le travail de notre intelligence ou celui de nos mains. »
Saint Josémaria, in « La grandeur de la vie ordinaire »

La pomme a trop souvent bon dos! Allons... au boulot!

Argos

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