Esprit de Noël

Lettre d'Argos

« Nicodème dit à Jésus: « Comment un homme, quand il est déjà vieux, peut-il naître? Peut-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère, et naître de nouveau? » » (Jn 3, 4)

Dès la fin de ce mois de novembre nous entrerons dans le temps de l'Avent (du latin adventus: avènement, arrivée du Messie).

En un mot c'est bientôt Noël: célébration d'un événement majeur à nul autre pareil. Le crépitement des armes et le vacarme des bombes seront un instant couverts par le silence du Dieu caché qui se revêt discrètement de l'humanité: le Créateur entre dans l'histoire pour rencontrer la créature blessée et la guérir. Noël signifie nativité. Tel est le sens de cette fête: naissance de Dieu parmi les hommes afin que l'homme renaisse à la vie divine pour laquelle il a été créé.

« Renaître? », demande Nicodème à Jésus. Retourner dans le sein de sa mère? Impossible! Ce juif distingué comprenait matériellement la naissance spirituelle dont lui parlait le Christ. C'est que le matérialisme rend sourd au langage de Dieu. Et pourtant, qui ne ressent obscurément une blessure en son cœur et le besoin d'une guérison que le monde ne peut donner? Qui ne ressent ce désir existentiel de fuir la condition humaine et constate le même échec à y parvenir avec les seules forces humaines? « Les hommes meurent et ne sont pas heureux. », se désole Albert Camus. Nous en tirons tous cet enseignement: l'homme ne peut sauver l'homme. Il nous révèle par là même la portée du message chrétien.

Que nous dit-il? Que Dieu seul est sauveur. Il se fait homme. Le Christ naît dans une crèche, dépourvu de tout. Il présente son visage adorable à une mère et à un père vierges, puis à des bergers et à des puissants, à des ignorants et à des savants. Tous ceux qui ont croisé leur regard avec le sien sont devenus fous d'amour. Et il se mit à annoncer la Bonne Nouvelle, qui se dit « Évangile » en grec. Il réalisa des miracles qui attestent sa divinité. Des muets se mirent à parler, des aveugles à voir, des paralytiques à marcher. Des morts ressuscitèrent. Les foules le suivirent. Il leur dit: « Je suis la voie, la vérité, la vie. » Cela ne plut pas à tout le monde. Le plus extraordinaire fut qu'il pardonna les péchés. Les pharisiens se scandalisèrent. Seul Dieu peut pardonner les péchés! Ils avaient raison. On le persécuta, on l'arrêta, on le condamna et on l'exécuta. Il mourut sur une croix. Le troisième jour, il ressuscita. Seul Dieu peut ressusciter!

Jésus n'est pas venu apporter une solution politique, économique ou scientifique au problème de la vie. Il est venu guérir la blessure par laquelle coule le sang humain en y faisant couler un sang divin. Vivre désormais, pour l'homme qui le veut, peut-être vivre de la vie du Christ, c'est-à-dire de la vie de Dieu qui est une vie d'Amour. La renaissance de l'homme: tel est le sens de la naissance de Dieu.

Noël 2014: à Bethléem, où est né le Christ, des hommes s'entretuent. Il avait dit: « C'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres que l'on vous reconnaîtra pour mes disciples. » La lumière a brillé dans les ténèbres et les ténèbres doivent encore la reconnaître.

Noël 2014: le peuple d'Évron se rendra dans sa basilique où la lumière aura bâti une montagne d'or dans des nuages d'encens. Les cloches sonneront dans la nuit froide, des anges passeront parmi les étoiles, soufflant dans de longues trompettes en or, et les hommes retrouveront leur cœur d'enfant.

Argos

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