Glups!!! Quel glouton!

Lettre d'Argos

Tit-tiiit!!! Un coup de sifflet aigu retentit soudain... Là, une petite fusée bleue! Elle survole le cours d'eau à toute bombe avant de virer sec sur la gauche en suivant le prochain méandre... Un martin-pêcheur!!! « C'est le plus bel oiseau de nos climats. », disait Buffon. Il fut jadis appelé oiseau de Saint Martin (tiens, tiens!!!). Il se poste à l'affût sur une branche, une tige ou tout autre support qui offre une vue plongeante sur l'eau. On dirait un petit morceau de ciel perché au-dessus de l'onde. Il attend, il regarde, il scrute. Plouf! Toc! En deux secondes, il est de retour, un vairon ou une ablette au bec. Trois coups d'assommoir contre la branche et glups, c'est réglé: la bestiole est avalée entière et tête la première. Notre ami a bon appétit!

L'homme aussi!!! Particulièrement le premier jour de l'an, marqué par la routine d'indigestions consécutives à d'inhabituelles bombances. Glups! Le nouvel an peut ruiner son foie quand l'oie traîne le sien comme un fardeau; glups! Notre oiseau est mieux organisé: comme les rapaces, il régurgite des pelotes de déjections qui contiennent tous les restes non digérés. Ces boules se désagrègent le plus souvent dans l'eau. Écolo, l'oiseau! Notre célèbre bipède est souvent moins élégant dans ses rejets. Ses excès épaississent le sang et figent la bile dans le canal cholédoque. Il prendra des bouillons légers et des pharmacies décapantes pour écouvillonner les coudes de l'intestin. Un jeûne léger chassera petit à petit le plus gros du délire. Les urines deviendront plus claires. Après quelques jours, il pourra remettre le couvert et tirer les Rois... Glups! Le prénom Martin n'a pas seulement désigné des oiseaux, mais aussi des ânes! Ne dit-on pas qu' « Il y a plus d'un âne à la foire qui s'appelle Martin! » Notre homme a beau prétendre qu'il n'est pas un âne; il sait pertinemment qu'il peut faire l'âne! C'est, à coup sûr, ...un drôle d'oiseau! Un martin... pécheur!!!

Le Carême qui commence le 18 Février lui signifiera la tempérance. Le Carême est un temps de pénitence, de purification, de conversion. Éviter de faire l'âne n'est pas là une tâche aisée; mais le christianisme n'est pas un chemin commode. Pour suivre le Christ, il faut porter sa propre croix: « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour et qu'il me suive. » (Lc 9, 23). La pénitence n'est pas seulement d'ordre alimentaire (même s'il est bon de manger du poisson comme notre martin!). On rencontre ordinairement la croix dans les petites contrariétés de chaque jour; dans tout ce qui nous fait... « braire » (l'âne brait, c'est son cri!). Ce peut être un imprévu qui contrarie, le caractère difficile d'une personne avec laquelle on vit, des projets qu'il faut changer au dernier moment, le froid ou la chaleur, les odeurs, le bruit, des incompréhensions, des soupçons infondés, une indisposition passagère... Glups! Difficile à digérer...

Qu'allons-nous faire de toutes ces contrariétés quotidiennes incontournables? Ruminer et bougonner que le monde est mal fichu et que la vie est un enfer? Non! Nous les offrons dès maintenant au Seigneur avec amour et dans un esprit de réparation, et sans nous plaindre car ce serait un signe de refus de la croix. En effet, si nous les recevons bien, ces mortifications qui arrivent sans qu'on les attende nous aident beaucoup à croître en esprit de pénitence (nous en avons tant besoin!) et à nous améliorer dans les vertus de patience, de charité, de compréhension: c'est-à-dire en sainteté.

Tit-tiiit!!! C'est le coup de sifflet du 18 février: le Carême est commencé!

Glups!!!

Argos

Lettre d'Argos