Raison de l'homme et foi de Dieu

Lettre d'Argos

« La foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l'esprit humain de s'élever vers la contemplation de la vérité. »
(Jean-Paul II in Lettre Encyclique « Fides et ratio » (Foi et raison), 1998)

L'homme assaille l'homme de ses questions: « Comment puis-je connaître le bonheur? ». Nous en avons déjà parlé. Mais aussi: « Que faire pour atteindre la paix? », « Dieu existe-t-il? », « Où sont les neiges d'antan? », « Qu'est-ce que la vérité? » (Pilate se posait déjà la même) , « Pourquoi le Mal? »...

Autant de questions qui prouvent son ignorance. Car, s'il savait y répondre, il ne se les poserait pas. Cette ignorance est facteur d'inquiétude. Il tâtonne dans la nuit à la recherche du vrai, comme un aveugle de naissance à la recherche de sa canne blanche. Ainsi l'homme cherche-t-il le vrai.

Connaissance scientifique et poétique

Nous avons envie de tout savoir. C'est le propre de l'homme, doué de raison et doté par son Créateur d'intelligence et de volonté. La science fait de son mieux et ne cesse de l'enrichir par des études toujours plus précises. On a, paraît-il, enfin déterminé la vitesse moyenne de l'escargot: elle serait de 1,609 mètres à l'heure (parfois même de 1,610!). On voit par là qu'elle est bien inférieure à celle du faucon crécerelle dans le ciel de notre Mayenne ou de la carpe dans l'étang du Gué de Selle. Sans comparaison possible, évidemment, avec celle des futurs TGV de la ligne LGV, ou du « Maglev » japonnais qui vient de battre le record du monde!

L'esprit de l'homme ne cesse donc de supputer, de calculer; mais aussi de méditer et de rêver. Bref de connaître et de s'émerveiller; démarches apparemment contradictoires: l'une exige de savoir et l'autre suppose d'ignorer: exigences de la science par le calcul et de la poésie par l'intuition. La poésie, comme la contemplation est une forme de connaissance, de surcroît un plaisir de l'âme, une exaltation de l'esprit. La poésie est une paire de lunettes, la poésie est une manière de voir...

Cette charmante anecdote le confirme: « Quoi de plus charmant qu'un clair de lune? », demandait une fiancée, ravie, dans les bras de l'élu de son cœur en contemplant l'astre des poètes. « Deux clairs de lune! », répondit son fiancé, qui était polytechnicien! Souhaitons leur une belle lune... de miel! On voit par là aussi que l'intelligence ne fait pas tout (L'expérience, m'a assuré un expert en la matière, en a été faite dans le clergé. On a mis au pied du Mont-Blanc un prêtre intelligent et un qui l'était un peu moins. Qui est arrivé en haut? Le second. En vertu de la fameuse formule: « C'est l'abbé bête qui monte, qui monte... »).

Connaissance par la foi

Nous voyons bien que des vérités sont accessibles à la raison, mais il est des vérités qui la dépassent. Ces dernières n'en sont pas moins intelligibles en soi: elles sont tout simplement hyperrationnelles et c'est pourquoi on les appelle des mystères cachés. Ces vérités fondamentales révélées par la foi dépassent les lumières naturelles de la raison, mais sans la nier. Loin d'être un saut dans l'absurde, la foi est un acte humain essentiellement raisonnable: « La vérité ne contredit pas la vérité ». Il s'agit de deux ordres de connaissances distincts, l'un reposant sur la raison naturelle et l'autre sur la foi divine: « Outre la connaissance propre de la raison humaine capable par nature d'arriver jusqu'au Créateur, il est une connaissance qui est propre à la foi. » (Foi et raison n°8).

Dieu seul est la cause de la foi qui ne vient, dit saint Jean, « ni du sang, ni de l'appétit de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu seul. » (Jn 1, 13). Fondée sur le témoignage de Dieu avec l'aide de sa grâce, la foi est écoute et doit être libre adhésion à Dieu qui se révèle. Ainsi cesserons-nous d'être des aveugles à la recherche d'inutiles cannes blanches. Progressons chacun à notre rythme dans notre foi. Soyons l'escargot qui pourrait atteindre le Mont-Blanc et même au-delà. L'escargot ne va pas très vite, et c'est bien son droit, mais... l'escargot ne recule jamais; ...pourtant, il en bave!

Allons, progressons jusqu'au Ciel!

Argos

Lettre d'Argos