La voie libératrice

Lettre d'Argos

En détruisant les Bouddhas géants qui veillaient depuis 1500 ans sur la vallée du Bâmiyân en Afghanistan, les Talibans commirent un acte irréparable. La destruction à coups de masse des antiques taureaux ailés assyriens conservés au musée de Mossoul (Irak) a suscité une profonde émotion. Ce qui menace aujourd'hui un des sites archéologiques gréco-romains les plus spectaculaires du Proche-Orient à Palmyre (Syrie) est angoissant... Et que dire des massacres des chrétiens d'Orient! Mon Dieu, comment réagir face à cette violence?

La chrétienté se rétrécit au Proche-Orient. En Europe, la majorité de ceux qui en sont les héritiers ne croient plus en Dieu, délaissent la religion de leurs pères. Il est temps que les chrétiens se présentent non comme les héritiers d'un passé moribond, mais comme les membres d'un corps vivant, dynamique, tourné vers l'avenir, qu'ils retrouvent leur foi, leur espérance, leur charité et aussi leur morale, leurs pratiques religieuses, qu'ils exigent beaucoup d'eux-mêmes, car l'homme, quoiqu'on puisse en dire, a besoin de quelque chose qui l'oblige à se dépasser. Il faut qu'ils s'affirment avec force comme porteurs d'un message transcendant, d'une voie libératrice, d'un amour de Dieu qui passe par celui de Ses créatures.

« La civilisation ne doit pas être, à présent, seulement défendue. Il lui faut créer sans cesse, car la barbarie, elle, ne cesse de détruire, et elle n'est jamais plus menaçante que lorsqu'elle fait semblant de construire à son tour. Le pire malheur du monde, à l'heure où je parle, est qu'il n'a jamais été plus difficile de distinguer entre les constructeurs et les destructeurs, car jamais la barbarie n'a disposé de moyens si puissants pour abuser des déceptions et des espoirs d'une humanité ensanglantée, qui doute d'elle- même et de son avenir. Jamais le Mal n'a eu d'occasion meilleure de feindre accomplir les œuvres du Bien. Jamais le Diable n'a mieux mérité le nom que lui donnait déjà Saint Jérôme, celui de Singe de Dieu...
...Les voies libératrices ne se contentent pas de nous inviter à attendre l'avenir comme on attend le train. L'avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l'avenir, on le fait. »
Georges Bernanos (« La liberté, pour quoi faire? », décembre 1946 - printemps 1947)
Argos

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