La bonne étoile

Lettre d'Argos

Voici janvier, c'est le début de l'année. Ce sont les Rois Mages. « Des mages arrivèrent d'Orient à Jérusalem. »* Balthazar et Melchior avec leur couronne d'or, l'encens, la myrrhe, leur robe rouge, leur robe jaune; le chameau à l'œil dédaigneux, avec son profil de vieille dame, et son cou nonchalant. Et aussi Gaspard, le roi noir, avec sa belle robe verte. Pour Gaspard, tout avait commencé lors de la dernière lune d'hiver par une prédiction assez embrouillée de son principal astrologue, Barka Maï, au sujet d'une étoile. Mais Barka Maï était un homme honnête et scrupuleux dont la science inspirait la confiance dans la mesure où lui-même s'en méfiait. « Où est, disaient ces mages, le roi des Juifs qui vient de naître? Car nous avons vu son étoile en Orient et nous sommes venus l'adorer. »* Ayant alors appris que, selon l'Écriture, Bethléem devait être le lieu de naissance de ce prédestiné, ils se mirent en route vers elle. « Et voici que l'étoile qu'ils avaient vue en Orient, allait devant eux; jusqu'à ce que, au-dessus du lieu où se trouvait l'Enfant, elle s'arrêta. »* Les mages « trouvèrent l'Enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant, ils l'adorèrent... »* La scène pittoresque des trois fastueux voyageurs d'Orient venant s'incliner devant le berceau d'un pauvre nourrisson est une de celles qui, de tout l'Évangile de la Nativité, ont le plus frappé les imaginations. Son sens symbolique a été bien souvent mis en évidence: les puissances de la terre reconnaissant, prosternées, l'autorité suprême de l'Enfant-Dieu; et les trois offrandes ayant valeur de signes: l'or comme à un roi, l'encens comme à un Dieu, la myrrhe comme à un homme promis à la mort.

Cela se passait sous le règne d'Auguste, Empereur des Romains (27 av. JC - 14 ap. JC) et petit neveu de Jules César qui conquit la Gaule. Du temps donc de nos ancêtres les Gaulois, quand des druides agiles, troussant leur robe, montaient au sommet des arbres, au péril de leur vie, cueillir le gui avec une faucille d'or, en chantant des chansons bretonnes. On disposait le gui au-dessus de la porte, on passait dessous, c'était du bonheur pour toute l'année**. Telle était la croyance qui perdura longtemps car les hommes sont crédules et s'attachent à tout se qui peut présager des lendemains qui chantent. Les Romains consacraient le mois de janvier à Janus, dieu des concierges veillant au pas des portes et dont le culte ne réclamait que le balai de bruyère ou le plumeau en fibre de coco. C'est moins dangereux que de grimper sur une échelle au risque de se prendre les pieds dans une longue barbe blanche.

De tout temps, l'homme a voulu lire son avenir dans les astres et se le faire confirmer par toutes sortes de grigris, boules de cristal, marc de café ou balivernes de cartomanciennes férues d'horoscopes divinatoires; pour se convaincre d'être né sous la bonne étoile. De nos jours, pourtant si rationnels, de très sérieux et modernes prophètes ont, paraît-il, lu dans le ciel que cette année le mois d'août serait le vrai mois de l'hôtellerie et que la Fête Nationale tomberait le 14 juillet. À voir! Tout le monde peut se tromper: un célèbre couturier-ferrailleur annonçait, lors de l'éclipse solaire du 11 août 1999, que la station spatiale russe Mir s'écraserait sur Paris. Raté! D'où ce non-moins célèbre dicton: « Noël au balcon, Paco Rabanne. » Plus sérieusement, nos astrologues se sont penchés sur la nouvelle année et ont découvert que 2016 serait soumise à deux influences, dont l'une, bonne, amènerait des événements heureux, l'autre, mauvaise, des événements néfastes. Comme Janus, déjà, ce dieu des portes qui était représenté avec deux visages parce que chaque porte s'ouvre sur deux possibilités: l'une, optimiste; l'autre, pessimiste...

Le mot de pessimisme n'a pas plus de sens que le mot d'optimisme. « L'optimiste est un imbécile heureux, le pessimiste un imbécile malheureux. » (Georges Bernanos). La nécessité n'a pas plus de sens que le hasard. « Le hasard n'existe pas, disait Albert Einstein, c'est Dieu qui se promène incognito. » Dieu seul, dans sa suprême sagesse, gouverne toutes choses par Sa Providence. C'est Barka Maï qui avait raison de pressentir dans la bonne étoile la vraie Bonne Nouvelle.

Argos
* (Mt 2, 2-12)
** On attribuait aussi au gui des vertus médicinales, car le gui est bon pour le foie et les troubles de la vessie. C'était du moins l'avis d'Obélix qui se disait "tout juste un peu enveloppé" ou encore "bas de poitrine", selon René Goscinny, célèbre historien du monde celtique

Lettre d'Argos