« J'ai soif » (Jn 19, 28)

Lettre d'Argos

La Semaine Sainte va nous rappeler que, par amour pour nous, Jésus s'est fondu dans la condition humaine la plus humiliante, il est devenu le pauvre des pauvres, jusqu'à la mort. Il a voulu être avec nous dans notre détresse, notre misère et notre souffrance. Il nous a offert le don ultime: sa vie.

Il nous a aussi dit: « Prenez votre croix et suivez-moi ». Certains d'entre nous ont des croix terribles: des maladies, des peurs, des angoisses, la venue lancinante de la mort, des deuils. Le Seigneur nous encourage à les porter avec Lui. Nous avons tous, sans doute à des degrés humains divers, de terribles souffrances dans nos vies. Jamais cependant nous ne devrions désespérer. La croix n'est pas une fin, elle conduit toujours à la résurrection. Faisons confiance au Christ, nous ne serons pas déçu. Même s'Il semble silencieux, revenons sans cesse à Lui. Il nous attend toujours, Il a soif de notre amour: « J'ai soif », s'est-il écrié sur la croix avant de rendre son dernier souffle (Jn 19, 28). « Donne-moi à boire », a-t-il aussi dit à la Samaritaine, au bord du puits de Jacob (Jn 4, 7).

Jésus touche le fond de l'être humain, toujours le même à travers le temps et l'espace. Il dit la vérité de l'homme, qui ne se démode pas! Croire en la parole du Christ, c'est comprendre qu'il est urgent d'aimer. N'attendons pas d'être saints ou après cette vie pour aimer le Christ. C'est ici et maintenant que le Christ attend mon amour, même si je ne suis qu'un homme pécheur et une créature bien inconstante. Le Christ est triste à mourir quand ses enfants l'oublient.

Certes, la méchanceté des hommes peut nous troubler. Tentons de comprendre que les « méchants » sont malheureux parce qu'ils ne s'aiment pas. Ayons beaucoup de compassion pour eux. Certains n'ont pas d'amour dans leur vie, ni amour charnel, ni amour spirituel. Rien. Gardons-nous de juger. Écoutons, prenons au sérieux la faiblesse, la détresse, l'angoisse. Offrons la parole de Dieu, le Seigneur agira ensuite. Nous ne sommes que des passeurs. Tâchons de donner confiance en l'Esprit, en la beauté du monde, malgré le cauchemar que certains vivent.

Dieu n'est pas dans le ciel et dans les nuages. Il est, par son Esprit, en chacun et chacune de nous. Être croyant, c'est tenter de libérer l'Esprit que nous enfermons à double tour dans notre cœur, d'où Il ne peut plus sortir. S'aimer soi-même, c'est aimer Dieu en soi, Dieu qui est au fond de soi, qui est là, qui attend qu'on lui ouvre la porte. On dit toujours: « Entre Seigneur! » Disons plutôt: « Sors, Seigneur! Et sois vivant en moi! ».

« Et si je vis, ce n'est plus moi, mais le Christ qui vit en moi. » (Épître aux Galates)
Argos

Lettre d'Argos