La volonté

Lettre d'Argos

« À qui peut se vaincre soi-même, il est peu de chose qui puisse résister. »
Louis XIV

Dans la vie, nous avons tous besoin d'une forte dose de volonté. Mais les raisons en sont plus ou moins confuses dans notre esprit et nous ne savons pas toujours comment nous y prendre pour la cultiver et en faire cette puissance à la fois souple et forte qui nous permet, pour l'orienter vers Dieu, de dominer notre vie en nous dominant nous-mêmes.

« La vie est faite, non pour être vécue, mais pour être vaincue » , affirmait l'écrivain René Bazin.

Celui qui n'a pas su développer sa volonté est à la merci de ses caprices, de ses instincts, de ses impressions du moment. Il peut avoir de beaux élans, mais c'est un velléitaire et il n'aboutit à rien de sérieux. Perdant le goût du risque et de l'effort, si jamais il l'a eu, il rétrécit de plus en plus son champ d'action; la vie lui pèse et un sentiment profond d'infériorité finit par l'envahir et l'engluer dans la médiocrité. À tout âge, on a besoin de renouveler de temps à temps la trempe de cette fidèle épée que représente la volonté. Mais c'est surtout pendant la jeunesse qu'il faut la forger solide, fine et aiguisée.

Que nous le voulions ou non, la vie est un combat et le champ de bataille c'est d'abord nous-mêmes. Qui ne reconnaît qu'en soi-même deux personnages s'affrontent. Ce qui fait dire à Saint Paul: « Vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l'accomplir : puisque je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas. » (Rm 7, 18-19). Toute la question est de savoir qui des deux l'emportera. C'est une lutte, tantôt sourde, tantôt violente. La victoire n'est possible qu'à celui qui, avec la grâce de Dieu, a une volonté solide. Pour l'homme de volonté, les difficultés ne sont pas des barrières qui l'arrêtent, mais des tremplins qui l'amènent à se surpasser, en lui donnant l'occasion de se surmonter. Tout, pour lui, devient un motif de progrès moral. À force de faire des actes de volonté, on aboutit à une maîtrise de soi, de ses nerfs, de son imagination, de son cœur, qui facilite grandement le calme, la paix et la sérénité. L'homme volontaire finit par se créer un certain nombre d'habitudes qui lui deviennent comme une seconde nature, et qui lui permettent d'obtenir de meilleurs résultats avec un minimum d'efforts. L'expérience qu'il fait de sa force lui permet d'envisager la vie avec confiance et optimisme.

Il est cependant bon de se rappeler de temps en temps la Parabole des talents (Lc 19, 16-24). Chacun n'en a pas reçu le même nombre. Peu importe. Ce que le Seigneur nous demande, c'est de les faire fructifier. Il sera moins demandé à celui qui aura moins reçu; et n'eût-on reçu qu'un seul talent, il faudra, par notre effort personnel, arriver à doubler la mise.

Au fond, ce qui fait la forte personnalité d'un homme de volonté, c'est, plus encore que ses dons brillants de l'esprit ou du cœur, plus encore que sa force physique ou sa culture intellectuelle, c'est la trempe de son caractère, qui fait dire de cet homme: voilà quelqu'un qui compte, avec qui l'on compte, sur qui l'on peut compter.

Argos

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